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Claudie Poinsard

Claudie Poinsard

Plasticien.

Vit à Cagnes sur Mer.

Livres d’artistes et recueils poétiques
publiés chez Tipaza :

 

Biographie

Le hasard des rencontres, un moment, un événement ou le banal de la journée sont le prétexte à mes réalisations. Ma peinture est une conversation entre le dedans et le dehors des choses de ce monde : le corps, l’autre, les multiples bruits du monde. Cela passe par un engagement physique. Etre là, entière dans l’expérience, à la fois présente et ailleurs, les yeux grands ouverts vers un quelconque bleu infini. Il s’agit là, de retenir l’éphémère, le périssable, de bousculer les perspectives. Il y a aussi une place à tenir, un épiderme sensible au quotidien, à l’intime, aux impressions du monde. Mais la peinture ce n’est pas politiquement correct. Quelque chose s’éveille, persiste et insiste à partir d’une tâche, de traces, sortes de dépôts palpables. Il n’y a pas de mode d’emploi parce que tout est toujours en mouvement. L’imprévu se transforme en atout dans ce jeu où lignes, couleurs et formes s’imbriquent en une histoire racontée malgré soi, d’un réel recomposé qui sans cesse échappe...

Apatride. J’appartiens à cette espèce indéfinie… Flottante… Métisse Franco Camerounaise, j’ai quitté le Cameroun à l’âge de 3 ans, pour ne le retrouver que bien des années plus tard. Je me vois encore sur un bateau immense qui m’emmenait en France, l’autre rive de ma nouvelle identité. Ce fut une épreuve douloureuse, mélancolique. Le point de départ de ma rencontre avec cette autre part de mes racines. Je ne le savais pas encore, mais beaucoup de choses se sont jouées dans cette traversée. J’ai parfois l’impression d’être encore sur ce navire… Très tôt, je me suis découvert un penchant pour le dessin. Sur des cahiers, des formes maladroites, des femmes caricaturées à la séduction inquiétante… Au fil des années, la peinture s’est imposée à moi comme un point d’ancrage, comme un mode d’expression privilégié. Elle est un lieu d’évasion. Mais aussi le dépôt de mes préoccupations, de mes réflexions. Un lieu silencieux où règnent le dessin et la couleur. Et puis aussi l’empreinte, une technique favorable au surgissement de l’image. Le dessin comme une présence pour pallier l’absence. Point de départ de tout projet, il inaugure et renouvelle sans cesse ma perception du monde. Il vient toujours en premier, célèbre les retrouvailles avec moi-même. La couleur, elle, surgit presque à mon insu, comme pour compléter le foisonnement qui m’habite. Elle circule comme le sang dans les veines, m’entraîne ailleurs, m’éblouit. Elle me domine physiquement... J’ai appris à aimer cette emprise, cette gestualité dans l’application de la couleur. Toiles… Papiers… Je me suis lancée dans l’abstrait…

Comme si seules formes et couleurs parvenaient à représenter les lieux d’une mémoire imaginaire… Sur des grands formats, je déposais les impressions, les traces laissées par les espaces côtoyés, les rivages de tout bord. J’inscrivais, délavais, superposais les plans. Je griffais, scarifiais les supports. Je voulais que la toile devienne ma seconde peau, une enveloppe presque charnelle. Je brouillais les pistes afin que l’image du corps disparaisse, se dissolve, se fonde dans le fluide de la matière, dans l’épaisseur de la couleur. Comme pour effacer toute trace d’une quelconque figure reconnaissable. Dans le jeu des transparences, dans l’épaisseur de la matière…

Mais la figure humaine est réapparue. D’abord en filigrane, en ombre portée, en double obsédant… Elle a finalement habité un corps. Très vite: un corps de femme ! Un corps intime soumis à l’usure du temps. Un corps qui sans cesse échappe. Un corps qui va à la rencontre de l’autre. Un corps qui incarne le monde… Un corps de femme qui interroge le monde, qui interroge sa place. Un corps otage des critères de beauté, soumis au diktat du regard de l’autre. Un corps enfermé dans le culte de l’inaltérable…. Aujourd’hui, j’inscris encore cette figure féminine comme le sujet premier. Postures, visages, une femme dans tous ses états… Est-elle le miroir d’une place introuvable ? Claudie Poinsard est née à Douala, au Cameroun. A l’âge de 3 ans, elle part pour la France avec son père et s’installe à Aix en Provence, chez ses grands parents. Scolarisée en pensionnat religieux dans cette ville, puis à Nice, elle fait ses premiers pas dans le dessin, l’utilisant comme un recours face à l’insondable solitude qui l’habite. Elle vit son adolescence à Paris où elle termine des études secondaires. d’abord chez son père puis dans sa famille africaine retrouvée. Elle s’installe en Allemagne, travaille pour une compagnie aérienne et découvre le monde. Détournée, elle est confrontée à la mort, revient en France et s’installe sur la Côte d’Azur en 1977. Elle s’engage dans l’art, suit des cours à la villa Thiole à Nice, se lie d’amitié avec Monique Giresse, Maryvette Meslin et sa fille Marème qui deviendra sa galeriste au Cameroun. Entrée à la villa Arson en 1978, elle donne sa part au tumulte de cette période où art corporel et peinture s’affrontent. Elle y rencontre François Pluchard, J.P. Vienne, Noël Dolla, Yoko Gunji, Gérard Eppelé, Chave… Ses installations associent culture du déchet et thématique des racines. Son « déjeuner sur l’herbe » est sélectionné pour l’exposition « Germinations Entwicklung » (1982, Paris, Berlin, Hanovre). En 1982, elle installe son atelier à Cagnes/mer et choisit, contre l’air du temps, la peinture. Entrée à la Galerie Lafrache (1988, Cannes), elle expose avec Anasse, Arman, Coignard, Farhi, Franta, Gaudet, Kaiser, J.J. Laurent, Renard, Sylanasse, Télémaque, Vernassa… Sélectionnée au Salon de la jeune peinture au Grand Palais à Paris (1993), elle participe à de nombreuses expositions et rencontres d’artistes, en galerie comme en musée en Europe (France, Autriche, Allemagne, République Tchèque, Espagne). Son parcours d’artiste est jalonné de rencontres d’où naissent des amitiés sans faille, avec le sculpteur Stanislas Jeanjeorge dont elle ne cesse de fréquenter l’atelier à Tourrettes sur Loup et d’y accrocher ses dernières toiles; avec Michel Gaudet qui la cite, l’encourage et lui propose nombre de projets ; avec Gérard Eppelé qui la soutient et l’expose ; avec Per Hansen qui l’accueille à Bargemon; avec Marème Malong Meslin qui la ramène en Afrique, sa terre natale, pour une exposition personnelle inaugurale de la Galerie MAM à Douala qu’elle dirige (1995, Cameroun). Cette collaboration passionnée et ce retour sur le lieu de son enfance font choc et s’essaiment en de nombreuses oeuvres qu’elle expose sur le continent (Dakar, 1998), à Paris (1999) et sur la Côte d’azur (Menton, 2003). Poinsard s’anime de laisser vivre son imaginaire, n’hésitant pas à s’écarter des sentiers battus, des voies canonisées de l’art contemporain qu’elle ne rejette pas pour autant. Elle est une inclassable, explorant des directions multiples, s’acharnant à s’extraire de la répétition comme pour préserver cette oriflamme vivante et précieuse qu’est l’acte du peintre. Tout nouveau support est prétexte à la trouvaille, ainsi son travail ininterrompu : en gravure, sur eaux fortes ou carborendum (Atelier du Safranier, Antibes, 1993- 95) ; en lithographie (Litho art, Vence, 2001-03 ; Blue dog litho, Bargemon, 2006-07) ; tout comme ses illustrations de livres d’artistes (Tipaza, 1995-2006) ou ses volets peints (Biot, 2006) Ses oeuvres récentes (« Le voile levé », L’art tisse, Valbonne, 2007), nous engagent à décaler notre regard sur la beauté, support d’un discours normé dont la mode se fait écho. L’esthétique du corps campée comme harmonie sans faille est ici décomplétée, déstructurée, triturée, pour apparaître comme simple oripeau dérisoire et troué, laissant entrevoir l’affinité que tout désir du beau entretient avec la mort. Ces peintures saisissantes, parfois déroutantes sonnent comme un réveil à qui sait l’entendre…

www.claudiepoinsard.com